Dessin

 

 Apprendre à voir

 

Dessiner, c’est laisser les traces d’un moment de perception.

Regarder un dessin,  c’est célébrer ce moment de perception.

                                                           François Déry

 

On dessine pour voir.

Quand on voit  vraiment, on n'a plus besoin de dessiner…

                                                                                               Un maître chinois dont j’ai oublié le nom

                                       

 

Vous désirez dessiner.

Vous désirez dessiner, mais vous avez peur… Vous avez peut-être peur que ce soit ennuyant, ou laborieux, ou que vous n’y arriviez pas…

Je vous propose ce petit exercice, une expérience de perception. 

Regardez un arbre devant vous. Ou un objet sur votre table. Vous le voyez.

Si je vous demande de le dessiner... ça vous embête.

Maintenant, regardez le ciel autour de l'arbre et à travers l'arbre... Vous voyez des formes abstraites, mais précises. C’est encore plus net en hiver.

La même chose s'il s'agit d'un objet sur votre table. Vous voyez l’objet sur un fond de quelque chose d’autre.

 Maintenant ça deviendrait facile de dessiner l'arbre ou l'objet: en regardant le fond. En regardant à côté de ce que vous voulez dessiner. En fait votre oeil se promène entre votre arbre et le ciel, c’est une va et vient. Et vous découvrez que votre arbre est  différent de tous les autres arbres de la planète. Vous le savez maintenant. On dit que c’est ainsi que les autochtones s’orientent dans le bois (cf. Betty Edwards, Dessiner avec le lobe droit du cerveau).

L'oeil adore ça.

 Regarder à côté...

Ainsi, on peut dire que le fond a une forme.

Le fond devient une nouvelle forme. On dirait qu'il passe en avant.

Et quand on voit ainsi, ON VOIT.

 

Cette façon de voir  est très ancienne. 

C'est ce qu'on appelle en dessin la perception de l'espace négatif.

 

En fait percevoir est une expérience qui nous fait nous sentir en vie.

Alors où regarder ? Comment regarder ?

Comment voir pour dessiner et peindre n'importe quoi ?

         On commence ici à avoir quelques éléments de réponse : on sait maintenant qu'on perçoit toujours une forme sur un fond.

Mais on sait aussi qu'on ne peut percevoir qu'une forme à la fois. Mon œil ne peut percevoir et l'arbre et le ciel comme formes en même temps. Essayez. Votre œil verra ou bien l'arbre sur fond de ciel ou bien le ciel sur fond d'arbre. C'est ce que les allemands ont appelé au début du XXe siècle le phénomène de la perception en gestalt, "forme" en allemand.

Passer de la perception de la forme à celle du  fond, puis de la perception du fond (qui devient alors une nouvelle forme) à la forme connexe, la forme d'à côté, conduit à une transe qui fait que le dessin devient une drogue…

Ce jeu perceptuel est une source immense de plaisir pour Cézanne. Et la clé de sa peinture.

Cette perception "à côté" provoque des états de bonheur intérieur, de détente et d'excitation très particuliers, en plus de fournir pour le même prix des outils indéniablement efficaces pour dessiner avec vivacité et précision tout ce que votre œil chasse. La réalité s'offre au regard comme un buffet garni de formes…        

         Il n'est donc pas question de travailler d'après photo ni de mesurer : votre touche personnelle, c'est-à-dire les traces de votre perception, apparaîtront dès le premier dessin et ne vous quitteront plus: elles évolueront avec le métier, mais ce seront toujours vos traces, votre signature en touches vues par votre œil.

        

         J'ajouterai que la perception de l'espace négatif est le fondement de la grande tradition chinoise de l'encre de Chine et de l'aquarelle: voir le plein en percevant le vide et vice versa. Le yin et le yang. Elle fonde également la vision japonaise de l'art floral. Et bien sûr de la sculpture.

         Il s'agit donc d'acquérir cette perception, cette façon de voir  pour qu'elle devienne un automatisme. Quand cette perception s'intègre, la réalité perçue prend alors un intérêt, un charme d'une fraîcheur indéfiniment renouvelée. Et s'applique à tous les médiums. Et alors votre œil voit même quand vous n’êtes pas en train de dessiner. Et c’est le bonheur. Le bonheur de percevoir.

 

 

    

 

Qui peut dessiner ?

 « Le talent »

 

        

         Certains semblent  « avoir du talent » et d’autres … pas ».

         «  Moi je suis poche en dessin ».      

         « Moi je suis trop vieux ou trop vieille… ».

         «  Moi, la perspective… ».

 

         Betty Edwards, dans  Dessiner avec le lobe droit du cerveau, prétendait que si on a l'habileté manuelle pour écrire son nom, on peut dessiner. 

         Et elle avait relevé le défi de faire dessiner tous ceux qui le désiraient… et elle a réussi. Et je me suis rendu compte qu’elle avait raison. Sa méthode fonctionne. Notre approche reprend sa façon de voir, mais avec des exercices très différents…

        

         Dessiner, c’est enligner la main avec l’œil (voir l’article sur le dessin).

         Certains enfants semblent l’avoir appris étant petits : ils sont bons en dessin.

         D’autres, non.

         Moi je dis que tous peuvent acquérir et développer cette façon de voir et cette habileté.

        

         Le génie de Betty Edwards fut de verbaliser clairement ce qui se passe quand on dessine, ce qui se passe quand on « voit ».  C’était la première fois que cette expérience était mise en mots et donc disponible pour tous.

         Elle a compris qu’on ne peut « voir » et  « nommer » ce qu’on dessine en même temps.

C’est ce qu’elle a appelé le conflit entre le « lobe droit » du cerveau et le « lobe gauche ».

Si on nomme ce qu’on veut dessiner, on en fait nécessairement quelque chose de symbolique, simpliste et toujours identique : la bouche, l'arbre. Essayez. Dessinez un sapin en disant  mentalement « sapin ». Dessinez-en plusieurs. Il sont tous identiques n’est-ce pas ? Essayez avec « bouche »…

Si on voit l’objet qu’on dessine, alors ce sapin, est un exemplaire unique au monde, de même que cette bouche, et alors mon œil n'a jamais fini de percevoir de nouvelles formes dans et autour de ce sapin, de cette bouche, et ces formes seront toujours imprévisibles.

Mon lobe gauche se dira : «  Mais c’est beaucoup trop compliqué, c’est bien trop long. ». Mon lobe droit se dira : «Mais c’est merveilleux, des heures de plaisir ! ». 

Le lobe gauche est dans le temps. Le lobe  droit est dans l’espace… (le sport…)

        

         Cette façon de voir est ancienne, aussi antique que la chasse. La capacité du chasseur de réussir à démasquer le camouflage de l'animal dans son environnement est source d'un grand plaisir et se fonde sur la capacité de « voir », c’est-à-dire de porter attention à l’espace négatif (voir l’article « dessin »).  Le chasseur voit.  Le dessinateur voit.    

         Et nous nous sommes rendus compte que c’est très vrai.

        

         Quand on se met à voir, tout devient abstrait, il n’y a plus d’yeux, de nez, de bouche, d’arbre, il y a des formes abstraites, géométriques, précises, faciles à dessiner… Et alors la forme juste nous saute aux yeux, mais on n’arrive plus à « dire ». Quand je dessine et que je suis « partie », si je réponds au téléphone, je bégaie, les mots ne viennent plus…

         Le « lobe gauche » se repose et le « lobe droit » peut enfin s’amuser… La détente arrive.  L’œil n’est plus sous tutelle, il voit clairement ce qui l’intéresse… Et là où votre œil va, c’est là que ça vous intéresse vraiment…et que c’est intéressant visuellement.  Et ce qui vous intéresse vraiment n’est pas nécessairement ce que vous pensiez…  qui vous intéresserait.  Et c’est ici que le sens de l’humour vient nous prêter secours.

         Le lobe droit a beaucoup d’humour…

         Votre œil aussi.

         Ça s’appelle des trouvailles…

         Le cours vous apprendra donc, simplement, à savoir où regarder… et à entraîner la main à suivre l’œil… sans nommer.

         C’est seulement une question d’entraînement, de « push up ».

        

         Oui vous pouvez dessiner si vous le désirez. 

 

 

Betty Edwards

La couleur

 

 

         Nous sommes également et surtout une école coloriste.

         Ah la couleur !

         Paul Gauguin disait que ça prend deux ans pour maîtriser le dessin et une vie pour…  la couleur.

         La couleur réserve des surprises à l’infini.

         Notre objectif est donc de vous donner des techniques pour que vous puissiez continuer d’apprendre… à l’infini.

 

         L'initiation au collage dans le cours d'introduction vous permettra de vérifier cette maxime de Jean Goguen qui fut un maître inégalé de la couleur à l’université Concordia: « Un an de collage, c'est dix ans de peinture ».

 

         Oui, le collage est la technique la plus efficace pour développer la vibration de la couleur en peinture. Pourquoi ? Parce que vous voyez devant vous se promener des taches de couleur déjà faites et qui vibrent différemment  selon leurs voisines, selon « les couleurs d’à côté ».

         C’est ici que nous devenons « coloristes ». Regardez autour de vous comment une tache de couleur se transforme selon la voisine avec qui on l’associe. C’est dans votre œil que cette transformation se produit.  C’est le phénomène de la « rémanence ».  Et c’est ce plaisir qui excite le peintre coloriste… et qui a nourri Cézanne jusqu’à la fin des sa vie.

         Les coloristes jouent avec le phénomène de la rémanence.

         Ce phénomène a été découvert par l’ophtalmologie dans les années ’60. Mais les peintres coloristes le connaissaient sans pouvoir le nommer…

        

         Et de plus, pour notre plus grand bonheur, depuis le début de l’histoire, jamais les pigments offerts aux peintres par l’industrie n’ont été aussi beaux. Nous en profiterons et peindrons à l’acrylique pour des raisons pratiques et de non toxicité.

         Je rappellerai ici que les pigments sont les mêmes, que ce soit à l’aquarelle, à l’acrylique, à l’huile , aux pastels, aux crayons de couleur, au « air brush »…Ce que vous apprendrez sur la couleur vous servira donc pour tous les autres mediums colorés.

         Nous peindrons directement avec la couleur, sans dessin en dessous, comme Van Gogh.

Nous bâtirons le tableau en poussant de la peinture et en dessinant les formes avec la couleur. Économie de temps et efficacité décuplée…

        

         Différents exercices vous permettront d’apprendre à mélanger vos couleurs de façon à vous sentir libre de jouer avec elles et ça, tout en gardant le contact avec ce qu’elles vous font ressentir.

         Car ici réside toute la question du plaisir de la couleur.

         La couleur c’est une bombe.

         La couleur dégage une puissance qui vous stimulera à un degré que vous ne soupçonnez sans doute pas. La couleur est plus tonique que le dessin… La couleur c’est de l’énergie en conserve.

         Il s’agit donc de se permettre de ressentir la couleur, les associations de couleurs, et de jouer avec elles.  On dit que le cerveau ne conserve l’information que dans la mesure où une charge émotive a été associée à cette information… (On se souvient rarement de ce qui nous laisse indifférent). Nous serons donc attentifs à la façon dont la couleur nous fait réagir.

         Attention. Il n’est pas question ici d’interpréter au sens psychologique du terme. Il est question de se permettre de se voir ressentir.  

         Un artiste n’interprète pas, sinon il ne peut plus peindre.  Un artiste peint avec ce qu’il ressent.  Point.  Et il découvre que peindre lui fait ressentir des surprises qu’il n’a pas vues venir… Et il peint avec ces surprises pour voir la suite…

         Que ces surprises soient agréables ou non, ça n’a aucune importance.

         L’émotion n’a aucune valeur morale! L’émotion, c’est seulement de l’émotion, c’est de la matière pour créer.

         L’interprétation est donc drastiquement bannie de l’atelier -  pour que nous nous sentions absolument libres.

        

         L’artiste coloriste joue avec la couleur.

         Il expérimente.

         Il découvre.

         Je le répète, nous travaillons avec humour !

         Votre palette s’élargira. Des couleurs qui vous ennuyaient, associées à d’autres couleurs vous paraîtront peut-être tout à-coup intéressantes, surprenantes… Une fois sur le tableau, la colère s’est transformée en puissance, en sérénité, en tristesse, en joie, en peur, en tendresse… L’émotion exprimée en couleurs sur la toile se métamorphose toujours en pouvoir personnel. Ceci n’est pas de la thérapie. Ceci est de la peinture. Ceci est ce que vit un peintre coloriste. Ceci est l’art de se contacter vraiment et participe au fait de se découvrir, de s’expérimenter comme être vivant.

         Ça fait peur ?

         Rien ne m’a fait aussi peur que la couleur.

         Rien ne m’a excitée autant que la couleur.

         Rien ne me ravit autant que la couleur.

         Et comme le dit le proverbe japonais : La peur, ça ne s’en va pas, ça se traverse.

Alors je vous invite à traverser… 

         Dans les cours, nous nous permettons de « ne pas savoir » et de découvrir, comme un enfant qui joue.

          

         Le cours d’introduction vous permettra donc d’expérimenter la couleur.

         Le cours intermédiaire vous offrira des connaissances plus poussées de la couleur et vous donnera des éléments de base pour apprendre à bâtir un tableau directement avec la couleur, sans dessin en dessous (quand il s'agit d'observation) et sans idées préconçue (quand il s'agit de se lancer en imaginaire).

         Et les cours avancés continueront de vous fournir des outils en approfondissant certaines techniques selon ce qui vous intéressera davantage.

   
 

 

       

Trouver des idées

 

 

         Le collage est l'exercice le plus efficace pour vous faire découvrir rapidement et sans prérequis que vous ne pourrez plus jamais manquer d’idées … une fois que vous aurez expérimenté cette technique d’une grande simplicité.

         Vous cherchez des idées pour n’importe quoi ?  La technique du collage que j’ai apprise de Jean Goguen qui enseignait autant en design qu’en peinture, vous transportera dans cet espace bien particulier qu’est le rêve éveillé.  Ce lieu d’intelligence intuitive qui ne demande qu’à s’exprimer et qui est source infinie d’idées (ideos en grec signifie « image »).

         Avec toutes les recherches qui ont été faites sur le processus de création, on sait maintenant que créer signifie « associer de façon nouvelle ».  On ne crée jamais à partir de rien. On crée en associant des couleurs, des formes, des sons, des mots... Et le jeu permet d’arriver aux trouvailles.

 

         Or deux tendances s'opposent en peinture.

         Élaborer une idée et l'illustrer, la "reproduire" en peinture, c'est le symbolisme (il y a toutes sortes de symbolismes).

         Ou peindre directement, sans idée préconçue, et découvrir en peignant ce qui cherche à se révéler à soi comme dans un rêve - ce qui fait référence au rêve éveillé - en peinture. (Karl Jung a beaucoup travaillé sur le rêve éveillé).

         La première tendance m'ennuie. 

         Et la seconde me ravit.

         Le cours s'oriente donc résolument dans la seconde tendance, celle de l’aventure du rêve éveillé.  Et alors vous découvrirez que vous ne savez pas où vous vous en allez, mais que les idées surgissent au fur et à mesure que vous continuez de peindre. Comme lorsque vous rêvez.

Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller parce que vous n'aviez pas d'idées pour terminer votre rêve ? Ou d'angoisser en vous couchant parce que vous n'avez pas d'idées pour rêver ?

En apprenant à voir vous apprendrez à créer le chemin de vos promenades.

        

         La peinture d’observation nourrit le rêve éveillé. L’observation donne du vocabulaire, des formes intéressantes, du contenu. Et bizarrement, le fait de regarder « à côté » d'observation conduit à regarder « à côté » en imaginaire,  et c'est alors que le rêve éveillé se manifeste, ne sachant jamais où il nous conduira, mais fournissant assurément un "stock" inépuisable de formes, de tensions de couleurs, de textures et de poésie.

         Votre imagination est source infinie d’idées. Il suffit d’apprendre où aller à l’intérieur de soi pour mettre le doigt sur le piton de l’abondance… Et ça s’apprend très simplement.

    

 

 

 

Abstrait ou figuratif ?

 

         Pour nous il n'y a aucun conflit entre l'abstrait et le figuratif.

         Nous nous offrons le privilège et le plaisir de faire les deux:

                   - ne pas nous sentir coincés à faire de l'abstrait… parce qu'on ne sait pas dessiner

                   - et ne pas nous sentir réduits à faire de la figuration… parce qu'on ne sait pas libérer                 son geste.

         Nous vous donnerons donc des clés pour accéder

                   et à la figuration par le biais du travail d’observation,

                   et à l’abstrait  par le jeu avec les formes et les couleurs.

         En expérimentant l’un et l’autre, vous découvrirez ce qui vous fait le plus plaisir.

         Et vous expérimenterez que l’un nourrit l’autre.

         Et même que vous débuterez peut-être un tableau en abstrait  et… sans prévenir, comme une surprise, « la visite » se présentera à vous, et alors vous aurez envie d’inviter, ou non, ces personnages, ces espaces, ces paysages, à se joindre aux formes déjà installées pour créer un univers poétique personnel et unique.

         En fait notre objectif est que vous vous sentiez libres.

         Savoir dessiner offre une immense liberté. 

         Savoir jouer avec la couleur sans restriction, en comprenant ce qui se passe dans l’œil quand les couleurs se rencontrent, vous donnera du métier, autant pour peindre que pour créer en design ou pour décorer votre maison et agencer les fleurs de votre jardin…

 

 

 

Objectifs

 

 

         Le cours d’introduction se bâtit à la fois sur la perception de la forme (dessin) et sur celle de la couleur (peinture, collage). Ce cours donne la vision de l'école en concentré. Tout y est déjà: apprendre à voir.

Les cours plus avancés permettront d’intégrer le cours d’introduction et de développer certains aspects du cours d'introduction, mais sans les reprendre à la base. Le cours d'introduction est donc impératif… et finalement très amusant.

Le cours se donne dans le même esprit que le texte de Betty Edwards, Dessiner avec le lobe droit du cerveau, mais utilise d'autres exercices. (Je le donne en référence au cas où vous le connaîtriez, ce n'est pas nécessaire, mais son texte est très éclairant surtout une fois le cours commencé, quand vous avez expérimenté le dessin).

 

         En bref, nous désirons vous apprendre à savoir où regarder pour dessiner n’importe quoi et donc à vous sentir à l’aise d’aller dessiner dans tous les ateliers libres de modèle vivant qui s’offrent à vous, à construire un tableau rapidement, spontanément et généreusement, avec une composition forte et solide, et à découvrir le profond plaisir du rêve éveillé en peinture pour que les surprises toniques vous accompagnent jusqu’à la fin de vos jours…

 

         La spontanéité et la rigueur (pas la rigidité) sont les deux qualités que nous nous efforcerons de développer pour faire de nous des peintres à l'expression libre et profondément personnelle.

 

         Le prérequis pour suivre le cours : avoir envie d’essayer, de se jeter à l’eau et de jouer.       

         L’ennemi à abattre : la compétition.

         Nous serons extrêmement vigilants, pour prévenir tout esprit de compétition de façon à ce que vous vous sentiez absolument en sécurité pour expérimenter sans souci du résultat. L’attitude intérieure qui permet d’apprendre le plus rapidement est le goût du risque. Or quand « ça va mal » en peinture ou en dessin, la solution est souvent de se permettre « le pire » : « Tant qu’à aller mal, ça va aller mal pour vrai ». C’est alors  qu’en se permettant le pire, les découvertes fabuleuses, voire des prouesses techniques arrivent, et que le tableau vire. Les freins ont sauté. Le tableau prend une direction inusitée.  Et l’apprentissage est des plus efficace. L’audace s’apprend. Il croît lui aussi avec l’usage.

         Mais ceci n’est possible que s’il n’y a aucune compétition dans l’atelier. Et j’y veille.

        

         «  Oui mais j’aimerais ça être satisfait de ce que je fais ».

         Je vous répondrais : « Oubliez ça ». Cézanne lançait parfois ses toiles par la fenêtre et le jardinier les ramassait… Cézanne ne savait pas qu’il était Cézanne.

         Quand on est allé loin en peinture ou en dessin, quand l’œil a « vu », ça prend un certain temps si on prend le temps de vivre avec ce qu’on a dessiné ou peint, pour le voir à l’état « normal ».

         On a donc tendance à vouloir jeter ce qu’on a fait de plus puissant… Pourquoi ?  Parce qu’on ne le voit pas.  Le lobe gauche ne comprend pas le langage du lobe droit.  Après quelques mois, si vous continuez de peindre ou de dessiner,  vous regarderez ces dessins ou ces tableaux que vous trouviez si décevants et vous vous exclamerez ébahis : c’est moi qui ai fait ça? Mais ce n’est pas si mal ! ».

         Alors… vous ne jetez rien. Rien!

         « Ça prend deux ans, si on continue de dessiner, pour savoir quoi jeter » nous disait François Déry dans le cours de dessin à Concordia.  Deux ans.  Et c’est très vrai.

         Je vous suggère donc pour votre sérénité personnelle, de renoncer au désir d’être satisfait de ce que vous venez de faire et de ne pas le prendre personnel Un brin d’humour…  Laissez une chance au coureur!  Et souriez!  Plus vous aurez eu du plaisir en peignant, plus vous serez surpris des résultats, une fois sorti de l’état de transe, si on peut dire.

         Car il s’agit bien d’un état de transe.

         On sait maintenant que lorsque l’œil se met à voir, on passe en « onde alpha », c’est-à-dire que les ondes cérébrales ralentissent et sont les mêmes que lorsque vous êtes sur le point de vous endormir et que vous glissez délicieusement vers l’état de sommeil, ou que le  temps s’arrête lorsque vous écoutez une musique qui vous plaît, ou que vous recevez un massage…   On sait aussi que l’onde alpha est plus régénératrice que le sommeil… Bref c’est l’onde du plaisir.  Or, si vous passez en onde alpha pendant que vous peignez, et que vous regardez ce tableau après, n’étant plus en onde alpha, ça prendra un certain temps pour que votre œil parcourre à nouveau les traces réalisées en onde alpha sur le tableau… et  vous ramène de nouveau  en onde alpha. Vous me suivez?  Quand votre œil se met de nouveau à voir le tableau… vous pouvez poursuivre le tableau ou décider qu’il est terminé. Mais vous ne pouvez pas le voir comme ça, à froid.

         Moi je pense que si quelqu’un est emballé et veut acheter un tableau, c’est qu’il s’offre un voyage en alpha.  Et je pense que Cézanne, Van Gogh, les impressionnistes, les peintres mordus, coloristes,  au fond, s’offraient des voyages en alpha.  Et que quand les musées se remplissent parce que ces peintres sont exposés, les gens viennent se régénérer… en alpha.

Et les musées sont pleins.

         Mais ce ne sont pas toutes les œuvres d’art qui génèrent de l’alpha.  Vous l’avez sans doute expérimenté.  Pour générer de l’alpha chez la personne qui regarde, il faut absolument que l’œuvre ait été réalisée en alpha…

         Pour moi il y a donc deux catégories d’œuvres : celles qui sont réalisées en alpha … et celles qu ne le sont pas.  C’est un peu simple, mais c’est tristement réel.  Si vous réagissez devant une œuvre en vous disant « Ouais, il y a du travail là-dedans ! », est-ce de l’alpha ?  Vous sentez-vous régénéré, tonifié ?  Pas sure.  Les œuvres laborieuses, qui illustrent une idée, qui sont faites dans le « travail », sans plaisir, ça se sent et ça m’ennuie profondément.  Et c’est bien triste.  Et la vie est bien courte. 

         Le plaisir est une conquête, et une conquête infinie.

         Le plaisir implique beaucoup de travail, mais un travail réalisé dans le « lobe droit » du cerveau.  Il provoque un élan dynamique, un enthousiasme qui donne une raison de vivre intensément.

         Je vous propose de vous apprendre à peindre non pour être satisfait immédiatement de votre tableau, mais pour vous donner une technique qui vous permette de générer de l’alpha à volonté jusqu’à la fin de vos jours. 

         Julia Cameron* disait que ça prend cinq ans pour devenir artiste.  Aux gens qui lui disaient qu’ils trouvaient ça long, elle leur répondait : « Mais dans cinq ans, vous aurez le même âge, que vous soyez artiste ou non… ».

         *Julia Cameron, Libérez votre créativité

        

         Bienvenue à l’atelier.